« Lorsque tout le monde sera super, plus personne ne le sera. »

Ce post est à propos d’un article trop mignon paru sur 20minutes.fr, si vous voulez le lire avant, c’est par ici : http://www.20minutes.fr/insolite/1786135-20160213-saint-valentin-achete-900-fleurs-offrir-chaque-fille-lycee

« Heureux et amoureux, Hayden Godfrey a décidé de jouer les anges de l’amour. » C’est ainsi que commence un article de 20 Minutes. En cette veille de Saint-Valentin, au moment où j’écris cet article, un jeune américain a acheté une fleur pour chaque fille de son lycée, afin d’ «épargner à chacune la tristesse de ne recevoir aucune attention le jour de la fête des amoureux. »

Geste louable, soi-disant, mais pour moi, il y a un problème. Offrir des fleurs à quelqu’un pour lui donner l’impression qu’on a pensé à elle est complètement idiot. Prenons le cas d’une fille célibataire, qui reçoit une fleur de ce garçon. Celle-ci n’a eu que l’illusion d’une attention portée pour elle, alors que c’était vers toutes les filles en général. Ce garçon n’a fait que créer une action de masse, ayant pour but de créer une illusion de bonheur auprès de ces filles ? Ces filles, qui de surcroît, n’avaient rien demandé, et qui auraient pu recevoir un présent de n’importe qui d’autre. Sympa de dire : « tiens, une fleur parce que je suis sûr que personne ne t’en offrira. ».

« Ouais mais pourquoi il nous parle de ça, c’est beau ce qu’il a fait. Il rage parce qu’il est tout seul pour la Saint-Valentin !  »

Et non. Cet article, apparemment anodin, est pour moi un excellent moyen de faire un lien avec ce cours que nous avons reçu à propos de.. Ben de pas mal de trucs en fait. Premièrement, la société de consommation / spectacle. La fleur, dans cet exemple, est devenue, comme tout objet en général l’incarnation du bonheur, l’objet que tout le monde est content d’avoir en sa possession, et est donc devenu, comme l’attendait Baudrillard, une source de bonheur. Mais de cette fleur, qu’est -ce qui en restera ? L’impression d’avoir compté pour quelqu’un pendant une journée, voire moins. Si on veut continuer sur Baudrillard, on peut soutenir que le fait d’offrir des fleurs est une simulation, entraînant les réactions heureuses de ces jeunes filles, qui deviennent un simulacre du bonheur. Ici, la version médiatique de la réalité est créée par le bon-samaritain, qui devient le médiateur de cette hyperréalité.

Cette médiation a également été créée à une autre échelle. L’article nous apprend qu’Hayden a reçu l’aide d’une vingtaine d’étudiants pour arriver à un tel résultat. Il y a donc une distance de plus entre lui et ses « clientes », détruisant selon moi son attention de base. S’il avait vraiment voulu être sincère, je pense qu’il aurait pu tout faire lui même, sans intermédiaire pour le distancier du vrai résultat de son geste. Il a créé une vraie usine, et réussi à marchandiser le bonheur au sein de son lycée.

La période de la Saint-Valentin est une période exceptionnelle pour parler de société de consommation, et de société du spectacle. On peut considérer la Saint-Valentin comme un spectacle selon la définition de Guy Debord. On nous « oblige » à être en couple, à faire des cadeaux et à en recevoir. Au final, s’il n’y avait pas de Saint-Valentin, personne ne se dirait « Oh mon Dieu, je n’ai personne à qui offrir, quelle triste vie je mène ! » On constate une certaine aliénation : on se sent obligé d’être en couple le jour de la Saint-Valentin, mais pas les autres jours. Ce sont donc des idées qui nous sont inculquées par la société.

Cet article me permet également de glisser quelques mots à propos de l’école de Francfort. Celle-ci affirme que les médias détruisent la subjectivité humaine. Si on continue l’analogie entre Hayden Godfrey et les médias, on peut dire que par son geste, l’adolescent a généralisé le fait de recevoir une fleur, détruisant ainsi le caractère « unique » d’un tel cadeau. Il a donc perverti, au sein de son lycée, le geste d’offrir, en le sérialisant, dans le but d’offrir du bonheur au plus grand nombre.

Si on veut partir encore plus loin, on peut dire que ce gars, par son geste magnifique, a créé une concurrence envers les autres garçons de son lycée, qui eux n’ont eu aucun moyen de se faire bien voir, et a donc pris la place de cette classe dominante, employant des individus, afin de faire fonctionner une machine capitaliste, le tout dans le contexte relativement clos qu’est le lycée.

Au final, son geste a quand même fait mouche. Il a reçu de nombreux messages de remerciements, l’illusion est totale. Au final, tout le monde a reçu le même cadeau. Dans ce cas, c’est comme si personne ne l’avait reçu. Hayden Godfrey est un ange de l’amour, tout comme les médias sont les anges de la culture, et les industries les anges du bonheur.

Edit : Je suis tombé sur ça juste après avoir posté, je trouvais ça drôle et en rapport, du coup, je pose ça là. Et bonne Saint-Valentin à tous !Sans titre 1.jpg

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« Lorsque tout le monde sera super, plus personne ne le sera. »

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